• Voici que la saison décline...


    Voici que la saison décline,
    L'ombre grandit, l'azur décroît,
    Le vent fraîchit sur la colline,
    L'oiseau frissonne, l'herbe a froid.

    Août contre septembre lutte ...

    LA FIN DES VACANCES


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  • La grande cascade

    A cette heure, elle n'est sensible,
    La grande cascade du roc,
    Qui par son tonnerre d'un bloc,
    La nuit la rend toute invisible.

    Et, pourtant, sa rumeur compacte
    Décèle son bavement fou,
    Sa chute à pic, en casse-cou,
    Son ruement lourd de cataracte.

    Un instant, l'astre frais et pur
    Écarte son nuage obscur,
    Comme un oeil lève sa paupière ;

    Et l'on croit voir, subitement,
    Crouler des murs de diamant
    Dans un abîme de lumière.

    M.ROLLINAT

    LA CASCADE


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  • Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
    La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
    Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
    - On entend dans les bois lointains des hallalis.

     

    Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
    Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
    Voici plus de mille ans que sa douce folie
    Murmure sa romance à la brise du soir.

     

    Le vent baise ses seins et déploie en corolle
    Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
    Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
    Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

     

    Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
    Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
    Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
    - Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

     

    O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
    Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
    C’est que les vents tombant des grand monts de Norvège
    T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

     

    C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
    A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits ;
    Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
    Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

     

    C’est que la voix des mers folles, immense râle,
    Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
    C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
    Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

    Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !


    Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
    Tes grandes visions étranglaient ta parole
    - Et l’infini terrible effara ton œil bleu !

     

    - Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
    Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
    Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
    La blanche Ophélia flotter, comme un grand  lys.

     ARTHUR RIMBAUD

     

     

     

     

    Arthur Rimbaud ( 1854-1891)

    Fils d’un capitaine du général Bugeaud  qui déserta  le domicile conjugal,Arhur Rimbaud au collège de Charleville étonne par la précocité de ses dons. Mais déjà à l’étude, il,il préfère l’école buissonnière, fait ses premières fugues pendant la guerre de 1870. Sur les murs de Charleville il écrit  " mort  à Dieu " , s’enivre dans les cabarets.

    Mais cette même année 1870 son professeur de rhétorique et ami Georges Izambard encourage ses dons poétiques. Parti pour Paris avec des poèmes plein les poches, il s’y conduit en voyou dans les cercles littéraires., porte des toasts à la gloire de la Commune dans les cafés, brise le ménage de Verlaine, puis s’enfuit avec lui pour la Belgique, l’Angleterre.

    Ruptures, réconciliations… En mai 1873 Verlaine, ivre, dans une crise de jalousie le blesse au bras d’un coup de revolver. Tandis qu’il purge une peine de prison, Rimbaud rédige  " Une saison en enfer ". L’accueil est si glacial qu’il décide, après avoir encore composé les  " Illuminations » de ne plus écrire. Il vagabonde à travers Europe, s’engage dans l’armée hollandaise, déserte….

    A 25 ans, il fait ses adieux à ses amis de Charleville t disparaît en Orient. Contremaître à Chypre, gérant de comptoirs commerciaux, marchand d’armes en Ethiopie…Il est devenu un ascète, qui rêve néanmoins de faire fortune et de mener une vie honorable. Une tumeur au genou l’oblige à revenir en France. Amputé, il veut retourner en Ethiopie, mais ne l’atteindra jamais. Son billet en poche, il meurt dans les bras de sa soeur après une atroce agonie longue de trois mois, à l’hôpital de Marseille , le  9 novembre 1891.


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  •  

    Au bord de la mer


    Près de la mer, sur un de ces rivages
    Où chaque année, avec les doux zéphyrs,
    On voit passer les abeilles volages
    Qui, bien souvent, n’apportent que soupirs,
    Nul ne pouvait résister à leurs charmes,
    Nul ne pouvait braver ces yeux vainqueurs
    Qui font couler partout beaucoup de larmes
    Et qui partout prennent beaucoup de coeurs.
    Quelqu’un pourtant se riait de leurs chaînes,
    Son seul amour, c’était la liberté,
    Il méprisait l’Amour et la Beauté.
    Tantôt, debout sur un roc solitaire,
    Il se penchait sur les flots écumeux
    Et sa pensée, abandonnant la terre
    Semblait percer les mystères des cieux.
    Tantôt, courant sur l’arène marine,
    Il poursuivait les grands oiseaux de mer,
    Imaginant sentir dans sa poitrine
    La Liberté pénétrer avec l’air.
    Et puis le soir, au moment où la lune
    Traînait sur l’eau l’ombre des grands rochers,
    Il voyait à travers la nuit brune
    Deux yeux amis sur sa face attachés.
    Quand il passait près des salles de danse,
    Qu’il entendait l’orchestre résonner,
    Et, sous les pieds qui frappaient en cadence
    Quand il sentait la terre frissonner
    Il se disait: Que le monde est frivole!”
    Qu’avez-vous fait de votre liberté!
    Ce n’est pour vous qu’une vaine parole,
    Hommes sans coeur, vous êtes sans fierté!
    Pourtant un jour, il y porta ses pas
    Ce qu’il y vit, je ne le saurais dire
    Mais sur les monts il ne retourna pas.

    Étretat, 1867

    Guy de Maupassant


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  • Cascades

     

     

    Ruisseau,ruisseau, chante gaiement,
    Car, dans quelques instants,
    Ta douce mélodie,
    Se répétera à l'infini,
    Comme un murmure dans les mares,
    Un écho dans la nuit.



    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui tombent épars sur leur dos de pierre.


    Torrent, torrent, dégringole vivement,
    Des montagnes aux sommets d'argent,
    Pour tomber avec fracas,
    Dans un éclair d'incarnat,
    Au soleil couchant;
    Au fond des vallées qui s'endorment paisiblement.


    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui tombent épars sur leur dos de pierre.



    L'hiver a passé là,
    Le chant des cascades n'est plus,
    Qu'un faible murmure au fond des bois.
    A la place de cheveux d'argent,
    Scintillent des cheveux de cristal;
    Sous lequels, un faible filet d'eau,
    Coule, en chantant tristement
    La venue du printemps.



    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui tombent épars sur leur dos de pierre.

     



    Rivière,rivière,qui court lentement,
    Dans la plaine battue par les vents.
    Entends-tu le plaintif chant des mouettes?
    C'est la mer qui approche.
    La mer aux eaux turquoises,
    Dans laquelle tu te jettes
    En aval, avec un bruit de cymbales.
    Comme un feu d'artifice,
    Dans un morceau de ciel.

     



    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui scintillent au soleil couchant.

        

     


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