• Cascades

     

     

    Ruisseau,ruisseau, chante gaiement,
    Car, dans quelques instants,
    Ta douce mélodie,
    Se répétera à l'infini,
    Comme un murmure dans les mares,
    Un écho dans la nuit.



    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui tombent épars sur leur dos de pierre.


    Torrent, torrent, dégringole vivement,
    Des montagnes aux sommets d'argent,
    Pour tomber avec fracas,
    Dans un éclair d'incarnat,
    Au soleil couchant;
    Au fond des vallées qui s'endorment paisiblement.


    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui tombent épars sur leur dos de pierre.



    L'hiver a passé là,
    Le chant des cascades n'est plus,
    Qu'un faible murmure au fond des bois.
    A la place de cheveux d'argent,
    Scintillent des cheveux de cristal;
    Sous lequels, un faible filet d'eau,
    Coule, en chantant tristement
    La venue du printemps.



    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui tombent épars sur leur dos de pierre.

     



    Rivière,rivière,qui court lentement,
    Dans la plaine battue par les vents.
    Entends-tu le plaintif chant des mouettes?
    C'est la mer qui approche.
    La mer aux eaux turquoises,
    Dans laquelle tu te jettes
    En aval, avec un bruit de cymbales.
    Comme un feu d'artifice,
    Dans un morceau de ciel.

     



    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui scintillent au soleil couchant.

        

     


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  • Les enfants qui s'aiment


    Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout
    Contre les portes de la nuit
    Et les passants qui passent les désignent du doigt
    Mais les enfants qui s'aiment
    Ne sont là pour personne
    Et c'est seulement leur ombre
    Qui tremble dans la nuit
    Excitant la rage des passants
    Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
    Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne
    Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
    Bien plus haut que le jour
    Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour

    Jacques Prévert

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  • Quand vient le soir,
    Des cygnes noirs,
    Ou des fée sombres,
    Sortent des fleurs, des choses, de nous :
    Ce sont nos ombres.

    Elles avancent : le jour recule,
    Elles vont dans le crépuscule,
    D'un mouvement glissant et lent.
    Elles s'assemblent, elles s'appellent

    Se cherchent sans bruit,
    Et toutes ensemble
    De leurs petites ailes
    Font la grande nuit.
    Mais l'Aube dans l'eau
    S'éveille et prend son grand flambeau

    Puis elle monte,
    En rêve, monte, et peu à peu,
    Sur les ondes elle élève
    Sa tête blonde,

    Et ses yeux bleus ,

    Aussitôt en fuite furtive,

    Les ombres s'esquivent.

    On ne sait où.

     

    Est-ce dans l'eau? Est ce sous terre ?

    Dans une fleur ? Dans une pierre ?

    Est ce en  nous ?

    On ne sait pas. Leurs ailes closes

    Enfin reposent.

    Et c'est matin.


    CHARLES VAN LERBEGHE

     

     

         


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  • J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
    Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
    Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

    Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
    Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées. 
    Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ;

    La vague en a paru rouge et comme enflammée. 
    Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée ...
    Respires-en sur moi l'odorant souvenir."
                                                                                                                                                                                                                                                       (Marceline Desbordes-Valmore)

     

    LES ROSES

     


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  • Le MOT

     

    Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites.
    Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes;
    Tout: la haine et le deuil. Et ne m'objectez pas
    Que vos amis
     sont sûrs et que vous parlez bas.
    Écoutez bien ceci: Tête à tête, en pantoufle,
    Porte close, chez vous, sans un témoin qui souffle,
    Vous dites à l'oreille au plus mystérieux
    De vos amis de coeur, ou si vous l'aimez mieux
    Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
    Un mot désagréable à quelque individu.
    Ce mot que vous croyez qu'on n'a pas entendu,
    Que vous disiez tout bas, dans un lieu sourd et sombre,
    Court, à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre.
    Tenez: il est dehors, il connaît son chemin,
    Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
    De bons souliers ferrés, un passeport en règle,
    Au besoin, il prendrait des ailes comme l'aigle.
    Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera.
    Il suit le quai, franchit la place, et coetera,
    Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
    Il va tout à travers un dédale de rues,
    Droit chez le citoyen dont vous avez parlé;
    Il sait le numéro, l'étage, il a la clef,
    Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe,
    Entre, arrive et railleur, regardant l'homme en face
    Dit: "Me voilà! Je sors de la bouche d'un tel!
    Et c'est fait: vous avez un ennemi mortel.

    VICTOR HUGO

    LES MOTS


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