• LA FORET

    Forêt silencieuse, aimable solitude

    , Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré

    Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,

    J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude !

    Prestiges de mon coeur ! je crois voir s'exhaler

    Des arbres, des gazons une douce tristesse

    Cette onde que j'entends murmure avec mollesse,

    Et dans le fond des bois semble encor m'appeler.

    Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière

    Ici, loin des humains . Au bruit de ces ruisseaux,

    Sur un tapis de fleurs, sur l'herbe printanière,

    Qu'ignoré je sommeille à l'ombre des ormeaux !

    Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;

    Ces genêts, ornements d'un sauvage réduit,

    Ce chèvrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit,

    Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.

    Forêts, dans vos abris gardez mes voeux offerts

    ! A quel amant jamais serez-vous aussi chères ,

    D'autres vous rediront des amours étrangères ;

    Moi de vos charmes seuls j'entretiens les déserts.

     

    FRANCOIS RENE DE CHATEAUBRIAND

     

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  • MON ENFANCE CAPTIVE

    Mon enfance captive a vécu dans des pierres

    Dans la ville où sans fin , vomissant le charbon,

    L'usine en feu dévore un peuple moribond :

    Et pour voir des jardins je fermais les paupières...

     

    J'ai grandi, j'ai rêvé d'orient, de lumières,

    De rivages de fleurs où l'air tiède sent bon,

    Des cités aux noms d'or, et, seigneur vagabond,

    De pavés florentins où trainer des rapières.

     

    Puis je pris en dégoût le carton du décor

    Et maintenant, j'entends en moi l'âme du Nord

    Qui chante, et chaque jour j'aime d'un coeur plus fort

     

    Ton air de sainte femme, ô ma terre de Flandre,

    Ton peuple grave et droit, ennemi de l'esclandre

    Ta douceur de misère où le coeur se sent prendre.

     

    Tes marais, tes prés verts ou rouissent les lins

    Tes bateaux, ton ciel gris où tournent les moulins

    Et cette veuve en noir avec ses orphelins.

    ALBERT SAMAIN

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    ALBERT SAMAIN : D'origine humble et de santé fragile, Albert Samain, né à Lille en 1858, doit interrompre ses études dès 14 ans , son père, marchand de vin, étant mort, il doit gagner sa vie pour aider sa mère à élever ses quatre frères et soeurs. Il finit par trouver un emploi d'expéditionnaire àla préfecture de Paris, après avoir, en vain, tenté de faire du journalisme.

    Il restera ce modeste bureaucrate. Son ambition est ailleurs : la poèsie. Héritier des parnassiens,il obtient la célébrité dès son premier recueil " Au jardin de l'infante", acquérant un public surtout féminin qui lui restera fidèle. Le musicien Raymond bonheur qui a encouragé ses débuts, lui offre l'hospitalité dans sa propriété de Magny-les Hameux lorsque, malade Albert Samain ne peut plus vivre en ville, il y meurt en 1900 a 42 ans.


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  •  

    EN ECOUTANT LES OISEAUX

    Victor Hugo

     

    Oh! quand donc aurez vous fini, petits oiseaux,

    De jaser au milieu des branches et des eaux,

    Que nous nous expliquions et que je vous querelle ?

    Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle,

    Oiseaux, je vous entends, je vous connais.

    Sachez que je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés,

    De votre mélodie et de votre langage.

    Celle que j'aime est loin et pense à moi : je gage

    ô rossignol dont l'hymne, exquis et gracieux,

    Donne un frémissement à l'astre dans les cieux,

    Que ce que tu dis là, c'est le chant de son âme.

    Vous guettez les soupirs de l'homme et de la femme,

    Oiseaux, quand nous aimons  et quand nous triomphons;

    Quand notre être, tout bas, s'exhale en chants profonds,

    Vous, attentifs, parmi les bois inaccessibles,

    Vous saisissez au vol ces strophes invisibles,

    Et vous les répétez tout haut, comme de vous :

    Et vous mêlez, pour rendre encor l'hymne plus doux,

    A la chanson des coeurs, le battement des ailes,

    Si bien qu'on vous admire, écouteurs infidèles,

    Et que le noir sapin murmure aux vieux tilleuls :

    " Sont-ils charmants d'avoir trouvé cela tout seuls!"

    Et que l'eau, palpitant sous le chant qui l'éffleure,

    Baise avec un sanglot le beau saule qui pleure ,

    Et que le dur tronc d'arbre a des airs attendris,

    Et que l'épervier rêve , oubliant les perdrix ,

    Et que les loups s'en vont songer auprès des louves!

    " Divin" dit le hibou, le moineau dit " Tu trouves?"

    Amour, lorsqu'en nos coeurs tu te refugias,

    L'oiseau vint y puiser : ce sont ces plagiats,

    Ces chants qu'un rossignol, belles, prend sur vos bouches

    Qui font que les grands bois courbent leurs fronts farouches

    Et que les lourds rochers, stupides et ravis,

    Se penchent, les laissant piller le chènevis,

    Et ne distinguent plus, dans leurs rêves étranges,

    La langue des oiseaux de la langue des anges.

     

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  • NUIT DE NEIGE

     

    La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.

    Pas un bruit, pas un son : toute vie est éteinte.

    Mais on entend parfois, comme une morne plaine

    Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

     

    Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.

    L'hiver s'est abattu sur toute floraison:

    Des arbres dépouillés dressent à l'horizon

    Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

     

    La lune est large et pâle et semble se hâter.

    On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.

    De son morne regard elle parcourt la terre.

    Et , voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

     

    Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde.

    Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant

    Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement.

    Aux étranges reflets de la clarté  blafarde.

     

    Oh! la terrible nuit pour les petits oiseaux!

    Un vent glacé frissonne et court par les allées :

    Eux , n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux.

    Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

     

    Dans les grands arbres nus que couvre le verglas

    Ils sont la, tout tremblants, sans rien qui les protège :

    De leur oeil inquiet ils regardent la neige,

    Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

     

    GUY DE MAUPASSANT

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  • Ravie de vous retrouver après quelques mois d'absence ...

    j'espère que vos vacances se sont bien passées , et que la reprise n'est pas trop difficile pour ceux et celles qui travaillent ...

    Pour rester encore dans cette période de fin d'été , voici une poèsie que j'aime beaucoup ...

     

    LA MER

    Loin des grands rochers noirs que baise la marée,

    La mer calme, la mer au murmure endormeur,

    Au large, tout là-bas, lente s'est retirée,

    Et son sanglot d'amour dans l'air du soir se meurt.

     

    La mer fauve, la mer vierge, la mer sauvage,

    Au profond de son lit de nacre inviolé

    Redescend,pour dormir, loin, bien loin du rivage

    Sous le seul regard pur du doux ciel étoilé.

     

    La mer aime le ciel : c'est pour mieux lui redire

    A l'écart, en secret, son immense tourment

    Que la faune amoureuse, au large se retire,

    Dans son lit de corail, d'ambre et de diamant.

     

    Et la brise n'apporte à la terre jalouse,

    Qu'un souffle chuchoteur, vague, délicieux :

    L'âme des océans frémit comme une épouse

    Sous le chaste baiser des impassibles cieux.

     

    NEREE BEAUCHEMIN

      

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    Le poète quebecois Nérée Beauchemin est considéré comme l'un des premiers écrivains du terroir. Sincérité des mots, simplicité des vers et amour fidèle de la patrie, c'est à dire de sa région, caractérisent sa poèsie. Ses vers présentent le monde harmonieux qui entoure le poète par une évocation materielle et précise. Les thèmes de l'art, la beauté, la nature, la religion et la fidélité y sont développés.

     

     

     

     


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