• La Fontaine ...

     

    Dans le fond du jardin glougloute une fontaine,
    Un hâvre de fraîcheur qui chuinte infiniment
    Sans jamais se lasser ; qui bruisse à perdre haleine
    En voilant l’alentour d’une brume d’argent
    Dès qu’il fait un peu frais. Son goulot oxydé
    Courbé en col de cygne éructe quelquefois
    Des filaments de mousse ; ou des bouts mâchouillés
    D’algues effilochées ; ou du n’importe quoi !
    Et puis elle repart, tout comme elle l’a fait
    Depuis toujours sans doute. Elle est inépuisable :
    Un trésor en Provence ! Et son glouglou si gai
    Nous est si familier qu’il est inimitable.
    Sa margelle est usée et couleur de nuage,
    Un nuage moussu égaré par le vent.
    En se penchant sur l’eau l’on y voit des mirages
    Tout éclaboussés d’or par le soleil levant.

     

     

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  • Il brille, le sauvage Été,
    La poitrine pleine de roses.
    Il brûle tout, hommes et choses,
    Dans sa placide cruauté.

    Il met le désir effronté
    Sur les jeunes lèvres décloses ;
    Il brille, le sauvage Été,
    La poitrine pleine de roses.

    Roi superbe, il plane irrité
    Dans des splendeurs d’apothéoses
    Sur les horizons grandioses ;
    Fauve dans la blanche clarté,
    Il brille, le sauvage Été.

    Théodore de BANVILLE 

     

     


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  • Le Printemps

    Te voilà, rire du Printemps !
    Les thyrses des lilas fleurissent.
    Les amantes qui te chérissent
    Délivrent leurs cheveux flottants.

    Sous les rayons d’or éclatants
    Les anciens lierres se flétrissent.
    Te voilà, rire du Printemps !
    Les thyrses de lilas fleurissent.

    Couchons-nous au bord des étangs,
    Que nos maux amers se guérissent !
    Mille espoirs fabuleux nourrissent
    Nos coeurs gonflés et palpitants.
    Te voilà, rire du Printemps

    THEODORE DE BANVILLE

    LE PRINTEMPS


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  • Orchestre du Très-Haut, bardes de ses louanges,

    Ils chantent à l'été des notes de bonheur :

    Ils parcourcourent les airs avec des ailes d'anges

    Echappés tout joyeux des jardins du Seigneur.

     

    Tant que durent les fleurs, tant que l'épi qu'on coupe

    Laisse tomber un grain sur les sillons jaunis,

    Tant que le rude hiver n'a pas gelé la coupe

    Où leurs pieds vont poser comme aux bords de leurs nids.

     

    Ils remplissent le ciel de musique et de joie:

    La jeune fille embaume et verdit leur prison,

    L'enfant passe la main sur leur duvet de soie,

    Le vieillard les nourrit au seuil de sa maison.

     

    Mais dans les mois d'hiver, quand la neige et le givre

    Ont remplacé la feuille et le fruit, où vont-ils ?

    Ont-ils cessé d'aimer ? Ont-ils cessé de vivre ?

    Nul ne sait le secret de leurs lointains exils.

     

    On trouve au pied de l'arbre une plume souillée,

    Comme une feuille morte où rampe un ver rongeur,

    Que la brume des nuits a jaunie et mouillée,

    Et qui n'a plus, hélas! ni parfum ni couleur.

     

    On voit pendre à la branche un nid rempli d'écailles,

    Dont le vent pluvieux balance un noir débris :

    Pauvre maison en deuil et vieux pan de murailles

    Que les petits, hier, réjouissaient de cris.

     

    O mes charmants oiseaux, vous si joyeux d'éclore !

    La vie est donc un piège où le bon Dieu vous prend ?

    Hélas! c'est comme nous . Et nous chantons encore!

    Que Dieu serait cruel, s'il n'était pas si grand !

     

    ALPHONSE DE LAMARTINE

     

    LES OISEAUX

     


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  • Cygnes au blanc plumage, au port majestueux

    , Est-il vrai, dites-moi, qu'un chant harmonieux,

    De vos jours écoulés rompant le long silence,

    Lorsque va se briser votre frêle existence,

    Comme un cri de bonheur s'élève vers les cieux ?
    Quand sous votre aile, un soir, votre long col se ploie

    Pour le dernier sommeil d'où vous vient cette joie ?

    De vos jours rien ne rompt l'indolente douceur :

    Lorsque tout va finir, cet hymne de bonheur,

    Comme à des cœurs brisés, quel penser vous l'envoie ?
    Ô cygnes de nos lacs ! votre destin est doux ;

    De votre sort heureux chacun serait jaloux.

    Vous voguez lentement de l'une à l'autre rive,

    Vous suivez les détours de l'onde fugitive :

    Que ne puis-je en ces flots m'élancer avec vous !
    Moi, sous l'ardent soleil, je demeure au rivage.

    Pour vous, l'onde s'entr'ouvre et vous livre passage ;

    Votre col gracieux, dans les eaux se plongeant,

    Fait jaillir sur le lac mille perles d'argent

    Qui laissent leur rosée à votre blanc plumage ;
    Et les saules pleureurs, ondoyants, agités,

     Alors que vous passez, par le flot emportés

    D'un rameau caressant, doucement vous effleurent

    Sur votre aile qui fuit quelques feuilles demeurent,

    Ainsi qu'un souvenir d'amis qu'on a quittés.
    Puis le soir, abordant à la rive odorante

    Où fleurit à l'écart le muguet ou la menthe,

    Sur un lit de gazon vous reposez, bercés

    Par la brise des nuits, par les bruits cadencés

    Des saules, des roseaux , de l'onde murmurante.
    Oh ! pourquoi donc chanter un chant mélodieux

    Quand s'arrête le cours de vos jours trop heureux ?

    Pleurez plutôt, pleurez vos nuits au doux silence,

    Les étoiles, les fleurs, votre fraîche existence ;

    Pourquoi fêter la mort ? vous êtes toujours deux !
    C'est à nous de chanter quand vient l'heure suprême,

    Nous, tristes pèlerins, dont la jeunesse même

    Ne sait pas découvrir un verdoyant sentier,

    Dont le bonheur s'effeuille ainsi que l'églantier ;

    Nous, si tôt oubliés de l'ami qui nous aime !
    C'est à nous de garder pour un jour à venir,

    Tr istes comme un adieu, doux comme un souvenir,

    Des trésors d'harmonie inconnus à la terre,

    Qui ne s'exhaleront qu'à notre heure dernière.

    Pour qui souffre ici-bas, il est doux de mourir !
    Ô cygnes ! laissez donc ce cri de délivrance

    À nos cœurs oppressés de muette souffrance ;

    La vie est un chemin où l'on cache ses pleurs...

    Celui qui les comprend est plus loin, est ailleurs.

    À nous les chants ! la mort, n'est-ce pas l'espérance .

     

    Sophie d'Arbouville.

    LE CHANT DU CYGNE


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