" Le temps guérit de tout" , " l'erreur est humaine" , " personne n'est irremplaçable" , elles sont nombreuses ces phrases toutes faites et passe-partout qu'on prononce sans y penser....Toutes ces formules de sagesse populaire recèlent souvent de véritables leçons de philosophie...
Vous croyez farouchement que " quand on veut on peut " ? , vous êtes stoÏciens! Le proverbe " l'argent ne fait pas le bonheur" vous fait bondir ? Vous partagez l'opinion d'Aristote pour qui " le bonheur ne saurait se passer de biens extérieurs" ..... Serions nous donc philosophes sans le savoir ?
L'ARGENT NE FAIT PAS LE BONHEUR
Concernant le bonheur, il n'y a que deux écoles : celle de l'être et celle de l'avoir. Soit le bonheur est intérieur, soit il réside dans une liste de choses qu'il faut posséder pour être heureux ( duplex, amis, amants, chihuahua...;) Celui qui est persuadé que " l'argent ne fait pas le bonheur" appartient au premier camp: pour lui, jamais quelque chose ne peut faire de nous quelqu'un d'heureux. D'ailleurs, qui n'a jamais fait l'expérience - douloureuse- de tout avoir pour être heureux et malgré tout de ne pas l'être.. On aura beau additionner les bénéfices, collectionner les sacs Vuitton, les soirées au Baron, cela ne fera pas nécessairement de nous des gens contents...
Et pourtant, lorsqu'il s'agit de décrire le bonheur, on ne peut s'empêcher de le rattacher à des biens matériels ou des possessions. On est tous d'accord, ou presque , pour dire que le bonheur n'est ni dans l'avoir ni dans les armoires et en même temps, on parvient difficilement à lui donner un contenu sans le reférer à des choses très commerciales - le forfait tout compris du Club Med, un week end à Center Parcs....voire même le mari de ma voisine.....Certes un mari, des amis ne sont pas à mettre au même rang qu'une voiture ou une résidence secondaire, mais le résultat est le même : on décrit des choses immatérielles ( amour, amitié) comme des biens à posséder " j'ai un mari formidable" , des enfants adorables" . Sommes nous donc condamnés à ne décrire le bonheur qu'en ayant recours au vocabulaire de la propriété et de la consommation ? On aspire en général à un bonheur d'aventurier, fait d'absolu et d'idéal, et on se retrouve avec un " capital " à gérer......
Certains se contenteront de définir le bonheur comme un pur sentiment ou " ressenti", comme la somme de petits plaisirs que l'on savoure: le premier verre de rosé de l'été ou la première gorgée de bière, les senteurs du maquis, les tableaux de Velasquez.... Ayant compris, l'âge, la sagesse et les déceptions aidant, qu'il est difficile d'atteindre un état permanent de bonheur , on le cherche dans de simples instants.
Cependant, une fois encore, on se retrouve à définir le bonheur sur le mode de l'avoir: ces petits riens qui rendent heureux ne témoignent pas d'une vision matérialiste du bonheur mais s'apparentent à des biens à consommer, des raretés que l'on veut collectionner, des valeurs que l'on veut comptabiliser et épargner.. On confond ainsi souvent une vie heureuse avec une vie réussie - bien " remplie"...
Grand défenseur des solutions de compromis, Aristote explique que si nous retombons dans l'énumération des biens, c'est parce que " le bonheur ne saurait se passer des biens extérieurs". Cent mètres carrés dans le Marais, la taille mannequin et des Sicav en banque ne rendent pas nécessairement heureux mais ne rien avoir de tout cela, pas même l'ombre d'un soupçon , peut gravement nuire au bonheur. " Le bonheur de l'existence se trouve altér si l'on ne jouit pas d'une bonne naissance, par exemple... On ne saurait, en effet, être parfaitement heureux si l'on est disgracié par la nature, de naissance obscure, seul dans la vie ou dépourvu d'enfants, moins encore, peut être si l'on a des enfants et des amis complètement mauvais , ou si après en voir eu de bons, on les a perdu ......
L'argent fait donc bien le boheur, comme aussi les amis, le pouvoir, la santé, la beauté, la réussite. Nous nous comportons d'ailleurs avec le bonheur exactement comme avec l'argent : on cherche à l'épargner, à le rentabiliser, à l'investir. Bref à faire du profit... Dans ce domaine, nous sommes tous des traders- des boursicoteurs du bonheur.