• Le temple est en ruine au haut du promontoire.
    Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
    Les Déesses de marbre et les Héros d'airain
    Dont l'herbe solitaire ensevelit la gloire.

    Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
    De sa conque où soupire un antique refrain
    Emplissant le ciel calme et l'horizon marin,
    Sur l'azur infini dresse sa forme noire.

    La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux
    Fait à chaque printemps, vainement éloquente,
    Au chapiteau brisé verdir une autre acanthe ;

    Mais l'Homme indifférent au rêve des aïeux
    Ecoute sans frémir, du fond des nuits sereines,
    La Mer qui se lamente en pleurant les sirènes.

     

    JOSE MARIA DE HEREDIA

     

     

    L'OUBLI


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  • Victor Hugo

     

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     Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
    Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
    J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
    Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

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     Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
    Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
    Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
    Triste, et le jour sera pour moi comme la nuit.

     

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     Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
    Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
    Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe,

    un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

     Victor Hugo

     

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  • Concert prodigieux des ondes et des pierres !
    Long retentissement des flots sur les galets !
    Majesté de la mer débordant de lumières !
    Fourmillement profond d'ombres et de reflets !

    La mer, suprême tombe, est la source suprême ;
    Plongez dans ce soleil, vous trouverez la nuit,
    Mais la mort s'y fait vie, et dans cette ombre même
    Un monde se recueille et travaille sans bruit.

    Là, les plus petits font l'œuvre la plus sublime ;
    Unis et patients, ils montent vers le jour,
    Et bientôt ce labeur qu'emprisonnait l'abîme
    Le firmament joyeux l'embrasse avec amour !

    Parfois l'homme ainsi voit surgir quelque île immense,
    Puis d'autres s'écrouler dans le gouffre écumant ;
    Mais la puissante mer, sans repos, recommence
    Les travaux éternels de son enfantement.

    La mer, la grande mer est semblable à l'Histoire :
    Toutes deux ont leurs nuits sans fond et leurs clartés
    Au-dessous des splendeurs des rois et de la gloire,
    Les peuples ténébreux forgent leurs libertés.

    Et quand des ouragans s'apaise l'harmonie,
    L'horizon vaporeux, lassé de se ternir,
    Nous montre, dans la mer au firmament unie,
    L'Humanité mêlée à Dieu, dans l'avenir.

    JEAN AICARD


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  • L’éternelle chanson

    Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
    Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
    Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
    Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
    Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
    Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
    Et je te sourirai tout en branlant la tête,
    Et nous ferons un couple adorable de vieux.
    Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
    Avec de petits yeux attendris et brillants,
    Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
    Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

    Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse,
    Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer,
    Nous aurons une joie attendrie et très douce,
    La phrase finissant toujours par un baiser.
    Combien de fois jadis j’ai pu dire  » Je t’aime  » ?
    Alors avec grand soin nous le recompterons.
    Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
    De petits riens exquis dont nous radoterons.
    Un rayon descendra, d’une caresse douce,
    Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser,
    Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse,
    Sur le banc d’autrefois nous reviendrons causer.

    Et comme chaque jour je t’aime davantage,
    Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain,
    Qu’importeront alors les rides du visage ?
    Mon amour se fera plus grave – et serein.
    Songe que tous les jours des souvenirs s’entassent,
    Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
    Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
    Et sans cesse entre nous tissent d’autres liens.
    C’est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l’âge,
    Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
    Car vois-tu chaque jour je t’aime davantage,
    Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain.

    Et de ce cher amour qui passe comme un rêve,
    Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur,
    Retenir s’il se peut l’impression trop brève
    Pour la ressavourer plus tard avec lenteur.
    J’enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare,
    Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ;
    Je serai riche alors d’une richesse rare
    J’aurai gardé tout l’or de mes jeunes amours !
    Ainsi de ce passé de bonheur qui s’achève,
    Ma mémoire parfois me rendra la douceur ;
    Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
    J’aurai tout conservé dans le fond de mon coeur.

    Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
    Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
    Au mois de mai, dans le jardin qui s’ensoleille,
    Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
    Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,
    Nous nous croirons encore aux jours heureux d’antan,
    Et je te sourirai tout en branlant la tête
    Et tu me parleras d’amour en chevrotant.
    Nous nous regarderons, assis sous notre treille,
    Avec de petits yeux attendris et brillants,
    Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
    Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

    ROSEMONDE GERARD

     


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