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    AUTOMNE

    Dans le brouillard s'en vont un paysan cagneux

    Et son boeuf lentement dans le brouillard d'automne

    Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux.

     

    Et s'en allant là bas le paysan chantonne

    Une chanson d'amour et d'infidélité

    Qui parle d'une bague et d'un coeur que l'on brise.

     

    Oh! l'automne a fait mourir l'été

    Dans le brouillard s'en vont deux silhouettes grises.

     

    GUILLAUME APOLLINAIRE

     

    AUTOMNE

     

     


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  • Elle aimait la vie, il aimait la mort.

     

    Elle aimait la vie, il aimait la mort
    Il aimait la mort, et ses sombres promesses,
    Avenir incertain d'un garçon en détresse,
    Il voulait mourir, laisser partir sa peine,
    Oublier tout ses jours à la même rengaine,...

    Elle aimait la vie, heureuse d'exister.
    Voulait aider les gens et puis grandir en paix,
    C'était un don du ciel, toujours souriante,
    Fleurs et nature qu'il pleuve ou qu'il vente.

    Mais un beau jour, la chute commença,
    Ils tombèrent amoureux, mauvais choix,
    Elle aimait la vie, et il aimait la mort.
    Qui d'entre les deux allait être le plus fort?

    Ils s'aimaient tellement, ils auraient tout sacrifié,
    Amis et famille, capable de tout renier,
    Tout donner pour s'aimer, tel était leur or,
    Si différent et pourtant plus proche que tout
    Se comprenant pour protéger un amour fou,
    L'un rêvait de mourir et de s'envoler,
    L'autre d'une vie avec lui, sans atrocités

    Fin de l'histoire: obligés de se séparer,
    Ils s'étaient promis fidélité éternelle
    Aujourd'hui le garçon torturé vit pour elle,
    Car la fille pour lui, a rendu ses ailes

    Il aimait la mort, elle aimait la vie.
    Il vivait pour elle, elle est morte pour lui.

                      W. SHAKESPEARE

    POESIE  SUR LA VIE

     

     


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  • BARBARA       

     

    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
    Et tu marchais souriante
    Épanouie, ravie, ruisselante
    Sous la pluie
    Rappelle-toi Barbara
    Il pleuvait sans cesse sur Brest
    Et je t’ai croisé rue de Siam
    Tu souriais
    Et moi je souriais de même
    Rappelle-toi Barbara
    Toi que je ne connaissais pas
    Toi qui ne me connaissais pas
    Rappelle-toi
    Rappelle-toi quand même ce jour-là
    N’oublie pas
    Un homme sous un porche s’abritait
    Et il a crié ton nom
    Barbara
    Et tu as couru vers lui sous la pluie
    Ruisselante, ravie, épanouie
    Et tu t’es jetée dans ses bras
    Rappelle-toi cela Barbara
    Et ne m’en veux pas si je te tutoie
    Je dis tu à tous ceux que j’aime
    Même si je ne les ai vu qu’une seule fois
    Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
    Même si je ne les connais pas
    Rappelle-toi Barbara
    N’oublie pas
    Cette pluie sage et heureuse
    Sur ton visage heureux
    Sur cette ville heureuse
    Cette pluie sur la mer
    Sur l’arsenal
    Sur le bateau d’Ouessant
    Oh Barbara
    Quelle connerie la guerre
    Qu’es-tu devenue maintenant
    Sous cette pluie de fer
    De feu d’acier de sang
    Et celui qui te serrait dans ses bras
    Amoureusement
    Est-il mort disparu ou encore vivant
    Oh Barbara
    Il pleut sans cesse sur Brest
    Comme il pleuvait avant
    Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
    C’est une pluie de deuil, terrible et désolée
    Ce n’est même plus l’orage
    De fer d’acier et de sang
    Tout simplement des nuages
    Qui crèvent comme des chiens
    Des chiens qui disparaissent
    Au fil de l’eau sur Brest
    Et vont pourrir au loin
    Au loin, très loin de Brest
    Dont il ne reste rien.

     

    JACQUES PREVERT

     

     

     

     

     


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  • Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles

     

    La blanche Ophelie flotte comme un grand lys.

     

    Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles

     

    On entend dans le bois lointains des hallalis.

     

     

     

    Voici plus de mille ans que la triste Ophelie

     

    Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,

     

    Voici plus de mille ans que sa douce folie

     

    Murmure sa romance à la brise du soir.

     

     

     

    Le vent baise se seins et déploie en corolle

     

    Ses grands voiles bercés mollement par les eaux,

     

    Les saules frissonnants pleurent sur son épaule

     

    Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

     

     

     

    Les  nénuphars froissés soupirent autour d'elle,

     

    Elle éveille parfois, dans un aune qui dort

     

    quelque nid, d'où s'échappe un petit  frisson d'aile

     

    Un chant mysterieux tombe des astres d'or..

     

     

     

    O pale Ophelia, belle comme la neige!

     

    Oui t mourus, enfant, par un fleuve emporté,

     

    C'est que les vents tombants des grands monts de Norvege

     

    T'avaient parlé tout bas d l'âpre liberté;

     

     

     

    C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,

     

    A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits:

     

    Que ton coeur écoutât le chant de la nature

     

    Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs de nuits.

     

     

     

    C'est que la voix des mers folles, immense râle

     

    Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux

     

    C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle

     

    Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux.

     

     

     

    Ciel, amour, liberté : quel rêve, ô pauvre folle!

     

    tu te fondais à lui comme une neige au feu

     

    Tes grandes visions étranglaient ta parole

     

    Et l'nfini terrible effara ton oeil bleu.

     

     

     

    Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles

     

    Tu viens chercher, la nuit les fleurs que tu cueillis

     

    Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles

     

    La blanche Ophelie flotter,comme un grand lys.

     

     

    ARTHUR RIMBAUD.

     

     


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  •  

     

    Au temps où les plaines sont vertes,
    Où le ciel dore les chemins,
    Où la grâce des fleurs ouvertes
    Tente les lèvres et les mains,

    Au mois de mai, sur sa fenêtre,
    Un jeune homme avait un rosier ;
    Il y laissait les roses naître
    Sans les voir ni s’en soucier ;

    Et les femmes qui d’aventure
    Passaient près du bel arbrisseau,
    En se jouant, pour leur ceinture
    Pillaient les fleurs du jouvenceau.

    Sous leurs doigts, d’un précoce automne
    Mourait l’arbuste dévasté ;
    Il perdit toute sa couronne,
    Et la fenêtre sa gaîté ;

    Si bien qu’un jour, de porte en porte,
    Le jeune homme frappa, criant :
    « Qu’une de vous me la rapporte,
    La fleur qu’elle a prise en riant ! »

    Mais les portes demeuraient closes.
    Une à la fin pourtant s’ouvrit :
    « Ah ! Viens, dit en montrant des roses
    Une vierge qui lui sourit ;
    « Je n’ai rien pris pour ma parure ;
    Mais sauvant le dernier rameau,
    Vois ! J’en ai fait cette bouture,
    Pour te le rendre un jour plus beau.»

     La bouture : René-François SULLY PRUDHOMME  

    LA BOUTURE

     


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