• Quand vient le soir,
    Des cygnes noirs,
    Ou des fée sombres,
    Sortent des fleurs, des choses, de nous :
    Ce sont nos ombres.

    Elles avancent : le jour recule,
    Elles vont dans le crépuscule,
    D'un mouvement glissant et lent.
    Elles s'assemblent, elles s'appellent

    Se cherchent sans bruit,
    Et toutes ensemble
    De leurs petites ailes
    Font la grande nuit.
    Mais l'Aube dans l'eau
    S'éveille et prend son grand flambeau



    Puis elle monte,
    En rêve, monte, et peu à peu,
    Sur les ondes elle élève
    Sa tête blonde,

    Et ses yeux bleus ,

    Aussitôt en fuite furtive,

    Les ombres s'esquivent.

    On ne sait où.

     

    Est-ce dans l'eau? Est ce sous terre ?

    Dans une fleur ? Dans une pierre ?

    Est ce en  nous ?

    On ne sait pas. Leurs ailes closes

    Enfin reposent.

    Et c'est matin.


    CHARLES VAN LERBEGHE
      

     

    QUAND VIENT LE SOIR


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  • Promenades dans les rochers

    Le soleil déclinait ; le soir prompt à le suivre
    Brunissait l'horizon ; sur la pierre d'un champ
    Un vieillard, qui n'a plus que peu de temps à vivre,
    S'était assis pensif, tourné vers le couchant.
    C'était un vieux pasteur, berger dans la montagne,
    Qui jadis, jeune et pauvre, heureux, libre et sans lois,
    A l'heure où le mont fuit sous l'ombre qui le gagne,
    Faisait gaîment chanter sa flûte dans les bois.
    Maintenant riche et vieux, l'âme du passé pleine,
    D'une grande famille aïeul laborieux,
    Tandis que ses troupeaux revenaient de la plaine,
    Détaché de la terre, il contemplait les cieux.
    Le jour qui va finir vaut le jour qui commence.
    Le vieux pasteur rêvait sous cet azur si beau.
    L'océan devant lui se prolongeait, immense
    Comme l'espoir du juste aux portes du tombeau.
    O moment solennel ! les monts, la mer farouche,
    Les vents, faisaient silence et cessaient leur clameur.
    Le vieillard regardait le soleil qui se couche ;
    Le soleil regardait le vieillard qui se meurt.

    PROMENADE DANS LES ROCHERS

     

     

    Victor Hugo

     


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  • Qu’ils étaient doux ces jours de mon enfance


    Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin,


    je coulai ma douce existence,


    Sans songer au lendemain.


    Que me servait que tant de connaissances


    A mon esprit vinssent donner l’essor,


    On n’a pas besoin des sciences,


    Lorsque l’on vit dans l’âge d’or !


    Mon coeur encore tendre et novice,


    Ne connaissait pas la noirceur,


    De la vie en cueillant les fleurs,


    Je n’en sentais pas les épines,


    Et mes caresses enfantines


    Étaient pures et sans aigreurs.


    Croyais-je, exempt de toute peine


    Que, dans notre vaste univers,


    Tous les maux sortis des enfers,

    Nous sommes loin de l’heureux temps


    Règne de Saturne et de Rhée,


    Où les vertus, les fléaux des méchants,


    Sur la terre étaient adorées,

     

    GERARD NERVAL

     

    L'ENFANCE

     

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  • SUZANNE TAMARO

     

    Seule dans sa maison, battue par le vent d'hiver, une vieille dame qui n'a plus que quelques mois à vivre, écrit à sa petite fille, mais avant de disparaître, elle souhaite resserrer les liens distendus par les aléas de la vie. Pour cela elle parle, elle raconte sa vie, son mariage de raison, la mort tragique de sa fille, et parle de l'homme qu'elle a aimé. En conclusion, elle conseille à sa petite fille qu'il ne faut pas se jeter sans réfléchir sur les routes de la vie, mais choisir ce que notre cœur nous conseille.

    Ce récit sans fioriture émeut par la simplicité de son message.

     

                                         VA OU TON COEUR TE PORTE



    Chaque fois que tu te sentiras perdue, indécise,
    Pense aux arbres, souviens toi de leur façon de pousser
    Souviens toi qu'un arbre avec beaucoup de feuillages
    et peu de racines peut être déraciné au moindre coup de vent,
    Tandis que dans un arbre avec beaucoup de racines
    et  peu de feuillages la sève court difficilement.
    Racines et feuillages  doivent pousser dans les mêmes proportions
    Tu dois être dans les choses et au-dessus,
    Ainsi seulement tu pourras offrir ombre et refuge,
    Te couvrir de fleurs et de fruits quand ce sera la saison,
    Puis quand plusieurs routes s'offriront à toi
    Et que tu ne sauras laquelle choisir,
    Ne prends  pas une au hasard,
    Mais assieds toi et attends
    Respire profondément avec confiance
    comme le jour ou tu es venue au monde,
    Sans te laisser distraire par rien,
    Attends encore et encore,
    Ne bouge pas, tais toi et écoute ton coeur
    Puis quand il te parlera, lève toi ,
    Et  va où il te porte.

    S. TAMARO


      

     

     

     


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  • Au temps où les plaines sont vertes,
    Où le ciel dore les chemins,
    Où la grâce des fleurs ouvertes
    Tente les lèvres et les mains,

    Au mois de mai, sur sa fenêtre,
    Un jeune homme avait un rosier ;
    Il y laissait les roses naître
    Sans les voir ni s’en soucier ;

    Et les femmes qui d’aventure
    Passaient près du bel arbrisseau,
    En se jouant, pour leur ceinture
    Pillaient les fleurs du jouvenceau.

    Sous leurs doigts, d’un précoce automne
    Mourait l’arbuste dévasté ;
    Il perdit toute sa couronne,
    Et la fenêtre sa gaîté ;

    Si bien qu’un jour, de porte en porte,
    Le jeune homme frappa, criant :
    « Qu’une de vous me la rapporte,
    La fleur qu’elle a prise en riant ! »

    Mais les portes demeuraient closes.
    Une à la fin pourtant s’ouvrit :
    « Ah ! Viens, dit en montrant des roses
    Une vierge qui lui sourit ;
    « Je n’ai rien pris pour ma parure ;
    Mais sauvant le dernier rameau,
    Vois ! J’en ai fait cette bouture,
    Pour te le rendre un jour plus beau.»

     La bouture : René-François SULLY PRUDHOMME  

    LA BOUTURE


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