• Les orphelins


    jeanine ouvrant les rideaux, et montrant les enfants a son mari


       La grand-mère était morte. Deux petits enfants étaient abandonnés.

     Jeannie, femme d’un pauvre pêcheur, vint les prendre et les emporta chez elle.

    . Quand son mari rentra, elle lui dit:

    «Notre voisine vient de mourir. Elle laisse deux orphelins. Que faut-il en faire?» 

    - «Diable! diable! dit-il, en se grattant la tête,


    Nous avions cinq enfants, cela va faire sept..
    .

    Bah!  tant pis! Ce n’est pas ma faute...


    Femme,, va les chercher. S’ils se sont réveillés,

    Ils doivent avoir peur, tous seuls avec la morte...


    Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,

    Cela nous grimpera, le soir, sur les genoux.


    Ils vivront, ils seront frère et sœur des cinq autres...


    Moi, je boirai de l'eau. je ferai double tâche. C’est dit, va les chercher.

     Mais qu’as-tu? Ça te fâche? D’ordinaire, tu cours plus vite que cela.

    -Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà!»


    Victor Hugo
      


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  • Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !
    Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
    Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
    Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
    Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
    L’oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;
    Il semble que tout rit, et que les arbres verts
    Sont joyeux d’être ensemble et se disent des vers.
    Le jour naît couronné d’une aube fraîche et tendre ;
    Le soir est plein d’amour ; la nuit, on croit entendre,
    A travers l’ombre immense et sous le ciel béni,
    Quelque chose d’heureux chanter dans l’infini.

     

    Victor Hugo

    PRINTEMPS


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  • Hymne au soleil ..

    . Je t'adore, Soleil ! ô toi dont la lumière

    , Pour bénir chaque front et mûrir chaque miel,

    Entrant dans chaque fleur et dans chaque chaumière,

    Se divise et demeure entière Ainsi que l'amour maternel

    ! Je te chante, et tu peux m'accepter pour ton prêtre,

    Toi qui viens dans la cuve où trempe un savon bleu

    Et qui choisis, souvent, quand tu veux disparaître,

    L'humble vitre d'une fenêtre

    Pour lancer ton dernier adieu !

    Tu fais tourner les tournesols du presbytère,

    Luire le frère d'or que j'ai sur le clocher,

    Et quand, par les tilleuls, tu viens avec mystère,

    Tu fais bouger des ronds par terre

    Si beaux qu'on n'ose plus marcher !

    Gloire à toi sur les prés! Gloire à toi dans les vignes !

    Sois béni parmi l'herbe et contre les portails

    ! Dans les yeux des lézards et sur l'aile des cygnes !

    Ô toi qui fais les grandes lignes Et qui fais les petits détails!

    C'est toi qui, découpant la soeur jumelle et sombre

    Qui se couche et s'allonge au pied de ce qui luit

    , De tout ce qui nous charme as su doubler le nombre,

    A chaque objet donnant une ombre

    Souvent plus charmante que lui !

    Je t'adore, Soleil

    ! Tu mets dans l'air des roses,

    Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson !

    Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses

    ! Ô Soleil ! toi sans qui les choses

    Ne seraient que ce qu'elles sont

     

    ! Edmond ROSTAND

    HYMNE AU SOLEIL.....EDMOND ROSTAND


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  • Il reste que je ne suis qu'un homme, mais plusieurs vous diront quel homme j'ai été. J'ai toujours lutté pour le peuple et les droits de celui ci de se gouverner lui même, j'en ai frôlé la mort plus d'une fois et j'ai même dû me sauver de chez moi pour de longues années. Mais toujours j'ai écrit et aimé la vie. Mon œuvre a fait le tour du monde et je suis devenu un symbole pour une jeunesse pleine de vie. Les élèves aimeront mon Chant Général où je tente de faire sentir toute la beauté du monde. J'aime la vie et le monde. J'ai été heureux dans ma lutte incessante. Notez, cher lecteur, qu'un film fut fait sur mes relations avec un postier lors de mon exil en Italie, un film merveilleux de tendresse mettant en vedette Plilippe Noiret  " Il Postino".

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    BIOGRAPHIE

     

     

     

     

     

     

     

    D'origine modeste, Pablo Neruda, de son vrai nom Ricardo Neftali Reyes Basoalto, est né le 12 jullet 1904 à Parral, au Chili.

     

    Son enfance, très proche de la nature a pour cadre Temuco, petite ville de l'Araucanie. Dès l'adolescence, et pendant ses études dans la capitale, Santiago, il écrit avec avidité. Depuis 1923, date de Crépusculaire,les œuvres se succèdent au long d'une vie marquée par les voyages, l'errance, l'exil" Ainsi toute ma vie, je suis allé, venu, changeant de vêtements et de planète ...."

     

     

     

    A partir de 1927, Pablo Neruda occupe plusieurs postes consulaires: Rangoon, Colombo, Batavia, Buenos Ayres..

     

     

     

    En 1935, il est à Madrid, la veille de la guerre civile.

     

     

     

    En 194O, après un séjour au Chili, Neruda est nommé Consul Général au Mexique. La peinture des grands muralistes, Orozco, Rivera, Siqueiros n'est pas sans influence sur Le Chant Général qu'il compose alors.

     

     

     

    En 1945 le poète est élu sénateur des provinces minières du nord du Chili, la même année il adhère au Parti Communiste mais les persécutions du Président de la République, Gabriel Gonzales Videla, l'obligent à fuir son pays. A nouveau, les voyages se multiplient aux quatre coins du monde.

     

     

     

    En 195O Pablo Neruda obtient le prix Staline de la paix.

     

     

     

    En I97O il est nommé ambassadeur du Chili sous le gouvernement socialiste du Président Allende.

     

     

     

    L21 octobre 1971 il reçoit la consécration du prix Nobel de littérature. Dans le discours qu'il prononce à Stockholm, le poète évoque avec tendresse les frères inconnus qui l'aidèrent à franchir les Andes alors que sa tête  était mise à prix dans son propre pays . Réaffirmant " qu'il n'y a pas de solitude inexpugnable et que le poète n'est pas un " petit dieu", Neruda se rallie à la prophétie de Rimbaud " A l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes" en laquelle il voit la proclamation d'un avenir certain.

     

     

     

    En 1972 il prononce devant le Pen club International un discours dénonçant le blocus américain contre le Chili. Géographie infructueuse paraît en mai à Buenos Ayres, pressentant sa fin proche, le poète s'interroge sur sa vie et sur son œuvre poètique. Renonçant à son poste, il quitte la France le 2O Novembre 1972 et rentre au Chili avec Mathilde Urrutia. Son peuple l'accueille triomphalement à Santiago.

     

     

     

    Ses œuvres, au fil des ans, n'ont pas cessé de voir le jour, toutes imprégnées de péripéties d'une vie tumultueuse et généreuse, " je déclare ici que personne n'est passé près de moi qu ne m'ait partagé. J'ai brassé jusqu'aux coudes et rebrassé  dans une adversité qui n'était pas faite pour moi dans le malheur des autres"  

     

     

     

    En 1973 Neruda participe à la campagne pour les élections de mars en écrivant " Incitation au nixonicide et éloge de la révolution chilienne" tout en chantant l'Océan et Quevedo,  il fustige dans de courts pamphlets les " politicards" et les " larrons".  Le 11  septembre un putsch  militaire renverse le gouvernement de l'Unité populaire. Allende est assassiné à la Moneda.

     

     

     

     

     

    Le 24 Septembre 1973 Pablo Neruda meurt à Santiago. Ses obsèques se déroulent en présence de l'armée, des chants jaillissent de la foule, témoignant par dela de la mort du pouvoir subversif de la poèsie.

     

     

     


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  • Au commencement
    les animaux furent imparfaits
    longs de queue,
    et tristes de tête.

    Peu à peu ils évoluèrent
    se firent paysage
    s’attribuèrent mille choses,
    grains de beauté, grâce, vol...
    Le chat
    seul le chat
    quand il apparut
    était complet, orgueilleux.
    parfaitement fini dès la naissance
    marchant seul
    et sachant ce qu’il voulait.

    L’homme se rêve poisson ou oiseau
    le serpent voudrait avoir des ailes
    le chien est un lion sans orientation
    l’ingénieur désire être poète
    la mouche étudie pour devenir hirondelle
    le poète médite comment imiter la mouche
    mais le chat
    lui
    ne veut qu’être chat
    tout chat est chat
    de la moustache à la queue
    du frémissement à la souris vivante
    du fond de la nuit à ses yeux d’or.

    Il n’y a pas d’unité
    comme lui
    ni lune ni fleur dans sa texture:
    il est une chose en soi
    comme le soleil ou la topaze
    et la ligne élastique de son contour
    ferme et subtil
    est comme la ligne de proue d’un navire.
    Ses yeux jaunes
    laissent une fente
    où jeter la monnaie de la nuit.

    Ô petit empereur
    sans univers
    conquistador sans patrie
    minuscule tigre de salon,
    nuptial sultan du ciel
    des tuiles érotiques
    tu réclames le vent de l’amour 
    dans l’intempérie
    quand tu passes
    tu poses quatre pieds délicats
    sur le sol
    reniflant
    te méfiant de tout ce qui est terrestre
    car tout est immonde
    pour le pied immaculé du chat.

    Oh fauve altier de la maison,
    arrogant vestige de la nuit
    paresseux, gymnaste, étranger
    chat
    profondissime chat
    police secrète de la maison
    insigne d’un velours disparu
    évidemment
    il n’y a aucune énigme
    en toi:
    peut-être que tu n’es pas mystérieux du tout
    qu’on te connaît bien
    et que tu appartiens à la caste la moins mystérieuse
    peut-être qu’on se croit
    maîtres, propriétaires,
    oncles de chats,
    compagnons, collègues
    disciples ou ami
    de son chat.

    Moi non.
    Je ne souscris pas.
    Je ne connais pas le chat.
    Je sais tout de la vie et de son archipel
    la mer et la ville incalculable
    la botanique
    la luxure des gynécées
    le plus et le moins des mathématiques
    le monde englouti des volcans
    l’écorce irréelle du crocodile
    la bonté ignorée du pompier
    l’atavisme bleu du sacerdoce
    mais je ne peux déchiffrer un chat.

    Ma raison glisse sur son indifférence
    ses yeux sont en chiffres d’or.
    .

     

     

     

    PABLO NERUDA

    ODE AU CHAT


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