• J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
    Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
    Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

    Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
    Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées. 
    Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ;

    La vague en a paru rouge et comme enflammée. 
    Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée ...
    Respires-en sur moi l'odorant souvenir."
                                                                                                                                                                                                                                                       (Marceline Desbordes-Valmore)

     

    LES ROSES

     


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  • Le MOT

     

    Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites.
    Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes;
    Tout: la haine et le deuil. Et ne m'objectez pas
    Que vos amis
     sont sûrs et que vous parlez bas.
    Écoutez bien ceci: Tête à tête, en pantoufle,
    Porte close, chez vous, sans un témoin qui souffle,
    Vous dites à l'oreille au plus mystérieux
    De vos amis de coeur, ou si vous l'aimez mieux
    Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
    Un mot désagréable à quelque individu.
    Ce mot que vous croyez qu'on n'a pas entendu,
    Que vous disiez tout bas, dans un lieu sourd et sombre,
    Court, à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre.
    Tenez: il est dehors, il connaît son chemin,
    Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
    De bons souliers ferrés, un passeport en règle,
    Au besoin, il prendrait des ailes comme l'aigle.
    Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera.
    Il suit le quai, franchit la place, et coetera,
    Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
    Il va tout à travers un dédale de rues,
    Droit chez le citoyen dont vous avez parlé;
    Il sait le numéro, l'étage, il a la clef,
    Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe,
    Entre, arrive et railleur, regardant l'homme en face
    Dit: "Me voilà! Je sors de la bouche d'un tel!
    Et c'est fait: vous avez un ennemi mortel.

    VICTOR HUGO

    LES MOTS


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  • PAGE D'ÉCRITURE

    Deux et deux quatre
    quatre et quatre huit
    huit et huit font seize...
    Répétez! dit le maître
    Deux et deux quatre
    quatre et quatre huit
    huit et huit font seize.
    Mais voilà l'oiseau-lyre
    qui passe dans le ciel
    l'enfant le voit
    l'enfant l'entend
    l'enfant l'appelle:
    Sauve-moi
    Joue avec moi
    oiseau!
    Alors l'oiseau descend
    et joue avec l'enfant
    Deux et deux quatre...
    Répétez! dit le maître
    et l'enfant joue
    l'oiseau joue avec lui...
    Quatre et quatre huit
    huit et huit font seize
    et seize et seize qu'est-ce qu'ils font ?
    Ils ne font rien seize et seize
    et surtout pas trente deux
    de toute façon
    et ils s'en vont.
    Et l'enfant a caché l'oiseau
    dans son pupitre
    et tous les enfants
    entendent sa chanson
    et tous les enfants
    entendent la musique
    et huit et huit à leur tour s'en vont
    et quatre et quatre et deux et deux
    à leur tour fiche le camp
    et un et un ne font ni une ni deux
    un à un s'en vont également.
    Et l'oiseau-lyre joue
    et l'enfant chante
    et le professeur crie:
    Quand vous aurez fini de faire le pitre !

    Mais tous les autres enfants
    écoutent la musique
    et les murs de la classe
    s'écoulent tranquillement.
    Et les vitres redeviennent sable
    L'encre redevient eau
    Les pupitres redeviennent arbres
    La craie redevient falaise
    Le porte-plume redevient oiseau

     

    JACQUES PREVERT 


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  • L'oiseau et la mer


    L’oiseau que je réchauffe au cœur de cet hiver
    Est un oiseau des îles qui regrette la mer
    Son duvet m’est douceur et son chant m’est tendresse
    Mais il tremble - et j’ai peur que bientôt il ne cesse.

    Car je le tiens en cage et je vois son plumage
    Se ternir et ses yeux, qui reflètent la mer,
    Cherchent mon regard pour y lire mon âge ;
    Et son decrescendo me fait froid dans le dos.

    Je le serre pourtant sur mon cœur en déroute
    Mais je sais qu’un adieu va crucifier nos routes …
    Oui je sais qu’un oiseau, quand il est réchauffé,

    Quand le vent qui le porte se remet à souffler,
    Quitte la cage ouverte et retourne voler
    A plein cœur vers le Sud, vers la mer et l’amour

    JEAN MARIN SERRE

         


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  •  

     

    A AURORE

    La nature est tout ce qu'on voit,

    Tout ce que l'on aime.

    Tout ce qu'on sait, tout ce qu'on croit

    Tout ce que l'on sent en soi-même

     

    Elle est belle pour qui la voit,

    Elle est bonne à celui qui l'aime

    Elle est iuste quand on y croit

    Et qu'on la respecte en soi - même.

     

    Regarde le ciel , il te voit,

    Embrasse la terre, elle t'aime

    La vérité c'est ce qu'on croit.

    En la natue c'est toi même.

    GEORGE SAND

     

    A AURORE


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