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    Au bord de la mer


    Près de la mer, sur un de ces rivages
    Où chaque année, avec les doux zéphyrs,
    On voit passer les abeilles volages
    Qui, bien souvent, n’apportent que soupirs,
    Nul ne pouvait résister à leurs charmes,
    Nul ne pouvait braver ces yeux vainqueurs
    Qui font couler partout beaucoup de larmes
    Et qui partout prennent beaucoup de coeurs.
    Quelqu’un pourtant se riait de leurs chaînes,
    Son seul amour, c’était la liberté,
    Il méprisait l’Amour et la Beauté.
    Tantôt, debout sur un roc solitaire,
    Il se penchait sur les flots écumeux
    Et sa pensée, abandonnant la terre
    Semblait percer les mystères des cieux.
    Tantôt, courant sur l’arène marine,
    Il poursuivait les grands oiseaux de mer,
    Imaginant sentir dans sa poitrine
    La Liberté pénétrer avec l’air.
    Et puis le soir, au moment où la lune
    Traînait sur l’eau l’ombre des grands rochers,
    Il voyait à travers la nuit brune
    Deux yeux amis sur sa face attachés.
    Quand il passait près des salles de danse,
    Qu’il entendait l’orchestre résonner,
    Et, sous les pieds qui frappaient en cadence
    Quand il sentait la terre frissonner
    Il se disait: Que le monde est frivole!”
    Qu’avez-vous fait de votre liberté!
    Ce n’est pour vous qu’une vaine parole,
    Hommes sans coeur, vous êtes sans fierté!
    Pourtant un jour, il y porta ses pas
    Ce qu’il y vit, je ne le saurais dire
    Mais sur les monts il ne retourna pas.

    Étretat, 1867

    Guy de Maupassant


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  • Cascades

     

     

    Ruisseau,ruisseau, chante gaiement,
    Car, dans quelques instants,
    Ta douce mélodie,
    Se répétera à l'infini,
    Comme un murmure dans les mares,
    Un écho dans la nuit.



    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui tombent épars sur leur dos de pierre.


    Torrent, torrent, dégringole vivement,
    Des montagnes aux sommets d'argent,
    Pour tomber avec fracas,
    Dans un éclair d'incarnat,
    Au soleil couchant;
    Au fond des vallées qui s'endorment paisiblement.


    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui tombent épars sur leur dos de pierre.



    L'hiver a passé là,
    Le chant des cascades n'est plus,
    Qu'un faible murmure au fond des bois.
    A la place de cheveux d'argent,
    Scintillent des cheveux de cristal;
    Sous lequels, un faible filet d'eau,
    Coule, en chantant tristement
    La venue du printemps.



    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui tombent épars sur leur dos de pierre.

     



    Rivière,rivière,qui court lentement,
    Dans la plaine battue par les vents.
    Entends-tu le plaintif chant des mouettes?
    C'est la mer qui approche.
    La mer aux eaux turquoises,
    Dans laquelle tu te jettes
    En aval, avec un bruit de cymbales.
    Comme un feu d'artifice,
    Dans un morceau de ciel.

     



    Les rivières ont des cheveux d'argent,
    Qui scintillent au soleil couchant.

        

     


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  • Les enfants qui s'aiment


    Les enfants qui s'aiment s'embrassent debout
    Contre les portes de la nuit
    Et les passants qui passent les désignent du doigt
    Mais les enfants qui s'aiment
    Ne sont là pour personne
    Et c'est seulement leur ombre
    Qui tremble dans la nuit
    Excitant la rage des passants
    Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
    Les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne
    Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
    Bien plus haut que le jour
    Dans l'éblouissante clarté de leur premier amour

    Jacques Prévert

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  • Quand vient le soir,
    Des cygnes noirs,
    Ou des fée sombres,
    Sortent des fleurs, des choses, de nous :
    Ce sont nos ombres.

    Elles avancent : le jour recule,
    Elles vont dans le crépuscule,
    D'un mouvement glissant et lent.
    Elles s'assemblent, elles s'appellent

    Se cherchent sans bruit,
    Et toutes ensemble
    De leurs petites ailes
    Font la grande nuit.
    Mais l'Aube dans l'eau
    S'éveille et prend son grand flambeau

    Puis elle monte,
    En rêve, monte, et peu à peu,
    Sur les ondes elle élève
    Sa tête blonde,

    Et ses yeux bleus ,

    Aussitôt en fuite furtive,

    Les ombres s'esquivent.

    On ne sait où.

     

    Est-ce dans l'eau? Est ce sous terre ?

    Dans une fleur ? Dans une pierre ?

    Est ce en  nous ?

    On ne sait pas. Leurs ailes closes

    Enfin reposent.

    Et c'est matin.


    CHARLES VAN LERBEGHE

     

     

         


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  • J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
    Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
    Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir.

    Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
    Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées. 
    Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ;

    La vague en a paru rouge et comme enflammée. 
    Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée ...
    Respires-en sur moi l'odorant souvenir."
                                                                                                                                                                                                                                                       (Marceline Desbordes-Valmore)

     

    LES ROSES

     


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