• L'écolière

    Bon Dieu ! que de choses à faire !
    Enlève tes souliers crottés,
    Pends donc ton écharpe au vestiaire,
    Lave tes mains pour le goûter,

    Revois tes règles de grammaire.
    Ton problème, est-il résolu ?
    Et la carte de l'Angleterre,
    Dis, quand la dessineras-tu ?

    Aurai-je le temps de bercer
    Un tout petit peu ma poupée,
    De rêver, assise par terre,
    Devant mes châteaux de nuées ?
    Bon Dieu ! que de choses à faire !

    Maurice Carême

     

     


    votre commentaire
  • Ravie de vous retrouver après quelques mois d'absence... Je reprends avec le même plaisir mes thèmes habituels , et j'espère être plus régulière ici ...C'est vrai qu'il y'a une autre vie après le virtuel, il n'en reste pas moins que les moments passés ici nous appartiennent personnellement  d'où le plaisir qu'il nous procure ..

     

     

    Pour commencer , une poèsie romantique en ce samedi soir 

     

     

    LA COURBE DE TES YEUX

     

     

    La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

    Un rond de danse et de douceur.

     Auréole du temps,berceau nocturne et sur.

     Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu

     C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu

     

    Feuille de jour et mousse de rosée,

    Roseaux du vent,sourires parfumés

    ,Bateaux chargés du ciel et de la mer,

    Chasseurs des bruits et sources des couleurs.

     

     

     Parfums éclos d'une couvée d'aurores

    Qui gît toujours sur la paille des astres

    Comme le jour dépend de l'innocence

     Le monde entier dépend de tes yeux purs

    Et tout mon sang coule dans leurs regards.

     

    PAUL ELUARD

     

     

     

     

    BEAU-REGARD.jpg


    1 commentaire
  • LA FORET

    Forêt silencieuse, aimable solitude

    , Que j'aime à parcourir votre ombrage ignoré

    Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,

    J'éprouve un sentiment libre d'inquiétude !

    Prestiges de mon coeur ! je crois voir s'exhaler

    Des arbres, des gazons une douce tristesse

    Cette onde que j'entends murmure avec mollesse,

    Et dans le fond des bois semble encor m'appeler.

    Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière

    Ici, loin des humains . Au bruit de ces ruisseaux,

    Sur un tapis de fleurs, sur l'herbe printanière,

    Qu'ignoré je sommeille à l'ombre des ormeaux !

    Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;

    Ces genêts, ornements d'un sauvage réduit,

    Ce chèvrefeuille atteint d'un vent léger qui fuit,

    Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.

    Forêts, dans vos abris gardez mes voeux offerts

    ! A quel amant jamais serez-vous aussi chères ,

    D'autres vous rediront des amours étrangères ;

    Moi de vos charmes seuls j'entretiens les déserts.

     

    FRANCOIS RENE DE CHATEAUBRIAND

     

    foret00.jpg


    4 commentaires
  • MON ENFANCE CAPTIVE

    Mon enfance captive a vécu dans des pierres

    Dans la ville où sans fin , vomissant le charbon,

    L'usine en feu dévore un peuple moribond :

    Et pour voir des jardins je fermais les paupières...

     

    J'ai grandi, j'ai rêvé d'orient, de lumières,

    De rivages de fleurs où l'air tiède sent bon,

    Des cités aux noms d'or, et, seigneur vagabond,

    De pavés florentins où trainer des rapières.

     

    Puis je pris en dégoût le carton du décor

    Et maintenant, j'entends en moi l'âme du Nord

    Qui chante, et chaque jour j'aime d'un coeur plus fort

     

    Ton air de sainte femme, ô ma terre de Flandre,

    Ton peuple grave et droit, ennemi de l'esclandre

    Ta douceur de misère où le coeur se sent prendre.

     

    Tes marais, tes prés verts ou rouissent les lins

    Tes bateaux, ton ciel gris où tournent les moulins

    Et cette veuve en noir avec ses orphelins.

    ALBERT SAMAIN

    05e0mk4a--bateau.jpg

    ALBERT SAMAIN : D'origine humble et de santé fragile, Albert Samain, né à Lille en 1858, doit interrompre ses études dès 14 ans , son père, marchand de vin, étant mort, il doit gagner sa vie pour aider sa mère à élever ses quatre frères et soeurs. Il finit par trouver un emploi d'expéditionnaire àla préfecture de Paris, après avoir, en vain, tenté de faire du journalisme.

    Il restera ce modeste bureaucrate. Son ambition est ailleurs : la poèsie. Héritier des parnassiens,il obtient la célébrité dès son premier recueil " Au jardin de l'infante", acquérant un public surtout féminin qui lui restera fidèle. Le musicien Raymond bonheur qui a encouragé ses débuts, lui offre l'hospitalité dans sa propriété de Magny-les Hameux lorsque, malade Albert Samain ne peut plus vivre en ville, il y meurt en 1900 a 42 ans.


    4 commentaires
  •  

    EN ECOUTANT LES OISEAUX

    Victor Hugo

     

    Oh! quand donc aurez vous fini, petits oiseaux,

    De jaser au milieu des branches et des eaux,

    Que nous nous expliquions et que je vous querelle ?

    Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle,

    Oiseaux, je vous entends, je vous connais.

    Sachez que je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés,

    De votre mélodie et de votre langage.

    Celle que j'aime est loin et pense à moi : je gage

    ô rossignol dont l'hymne, exquis et gracieux,

    Donne un frémissement à l'astre dans les cieux,

    Que ce que tu dis là, c'est le chant de son âme.

    Vous guettez les soupirs de l'homme et de la femme,

    Oiseaux, quand nous aimons  et quand nous triomphons;

    Quand notre être, tout bas, s'exhale en chants profonds,

    Vous, attentifs, parmi les bois inaccessibles,

    Vous saisissez au vol ces strophes invisibles,

    Et vous les répétez tout haut, comme de vous :

    Et vous mêlez, pour rendre encor l'hymne plus doux,

    A la chanson des coeurs, le battement des ailes,

    Si bien qu'on vous admire, écouteurs infidèles,

    Et que le noir sapin murmure aux vieux tilleuls :

    " Sont-ils charmants d'avoir trouvé cela tout seuls!"

    Et que l'eau, palpitant sous le chant qui l'éffleure,

    Baise avec un sanglot le beau saule qui pleure ,

    Et que le dur tronc d'arbre a des airs attendris,

    Et que l'épervier rêve , oubliant les perdrix ,

    Et que les loups s'en vont songer auprès des louves!

    " Divin" dit le hibou, le moineau dit " Tu trouves?"

    Amour, lorsqu'en nos coeurs tu te refugias,

    L'oiseau vint y puiser : ce sont ces plagiats,

    Ces chants qu'un rossignol, belles, prend sur vos bouches

    Qui font que les grands bois courbent leurs fronts farouches

    Et que les lourds rochers, stupides et ravis,

    Se penchent, les laissant piller le chènevis,

    Et ne distinguent plus, dans leurs rêves étranges,

    La langue des oiseaux de la langue des anges.

     

    LES-OISEAUX.jpg


    3 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique