•     Oh combien de marins, combien de capitaines
       Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
       Dans c morne horizon se sont évanouis!
      Combien ont disparu, dure et trist fortune!
      Dans u ne mer sans fand, par une nuit sans lune,
      Sous l'aveugle océan à jamais enfouis!

      Combien de patrons morts avec leurs équipages!
      L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages
      et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots
      Nulne saura leur fin dans l'abîme plongée.
      Chaque vague en passant d'un butin s'est chargée
      L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots.

      Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues!
      Vous roulez à travers les sombres étendues.
      Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus
     Oh que de vieux parents qui n'avaient plus qu'un rêve
      Sont mort en attendant tous les jours sur la grève
      Ceux qui ne sont pas revenus.

      VICTOR HUGO

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    Liberté


    Sur mes cahiers d'écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable sur la neige
    J'écris ton nom


    Sur toutes les pages lues
    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J'écris ton nom


    Sur les images dorées
    Sur les armes des guerriers
    Sur la couronne des rois
    J'écris ton nom


    Sur la jungle et le désert
    Sur les nids sur les genêts
    Sur l'écho de mon enfance
    J'écris ton nom

    Sur les merveilles des nuits
    Sur le pain blanc des journées
    Sur les saisons fiancées
    J'écris ton nom


    Sur tous mes chiffons d'azur
    Sur l'étang soleil moisi
    Sur le lac lune vivante
    J'écris ton nom


    Sur les champs sur l'horizon
    Sur les ailes des oiseaux
    Et sur le moulin des ombres
    J'écris ton nom


    Sur chaque bouffée d'aurore
    Sur la mer sur les bateaux
    Sur la montagne démente
    J'écris ton nom


    Sur la mousse des nuages
    Sur les sueurs de l'orage
    Sur la pluie épaisse et fade
    J'écris ton nom


    Sur les formes scintillantes
    Sur les cloches des couleurs
    Sur la vérité physique
    J'écris ton nom


    Sur les sentiers éveillés
    Sur les routes déployées
    Sur les places qui débordent
    J'écris ton nom


    Sur la lampe qui s'allume
    Sur la lampe qui s'éteint
    Sur mes maisons réunis
    J'écris ton nom


    Sur le fruit coupé en deux
    Dur miroir et de ma chambre
    Sur mon lit coquille vide
    J'écris ton nom


    Sur mon chien gourmand et tendre
    Sur ces oreilles dressées
    Sur sa patte maladroite
    J'écris ton nom


    Sur le tremplin de ma porte
    Sur les objets familiers
    Sur le flot du feu béni
    J'écris ton nom


    Sur toute chair accordée
    Sur le front de mes amis
    Sur chque main qui se tend
    J'écris ton nom

    Sur la vitre des surprises
    Sur les lèvres attentives
    Bien au-dessus du silence
    J'écris ton nom

    Sur mes refuges détruits
    Sur mes phares écroulés
    Sur les murs de mon ennui
    J'écris ton nom


    Sur l'absence sans désir
    Sur la solitude nue
    Sur les marches de la mort
    J'écris ton nom


    Sur la santé revenue
    Sur le risque disparu
    Sur l'espoir sans souvenir
    J'écris ton nom


    Et par le pouvoir d'un mot
    Je recommence ma vie
    Je suis né pour te connaître
    Pour te nommer

    Liberté

    PAUL ELUARD


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  • Tout enfant, tu dormais près de moi, rose et fraîche,
    Comme un petit Jésus assoupi dans sa crèche ;
    Ton pur sommeil était si calme et si charmant
    Que tu n'entendais pas l'oiseau chanter dans l'ombre ;
    Moi, pensif, j'aspirais toute la douceur sombre
    Du mystérieux firmament.

    Et j'écoutais voler sur ta tête les anges ;
    Et je te regardais dormir ; et sur tes langes
    J'effeuillais des jasmins et des oeillets sans bruit ;
    Et je priais, veillant sur tes paupières closes ;
    Et mes yeux se mouillaient de pleurs, songeant aux choses
    Qui nous attendent dans la nuit.

    Un jour mon tour viendra de dormir ; et ma couche,
    Faite d'ombre, sera si morne et si farouche
    Que je n'entendrai pas non plus chanter l'oiseau ;
    Et la nuit sera noire ; alors, ô ma colombe,
    Larmes, prière et fleurs, tu rendras à ma tombe
    Ce que j'ai fait pour ton berceau




    VICTOR HUGO


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  • ~~~~~~~~~LE POETE~~~~~~~~~~~~

    Je prendrai dans ma main gauche

    Une poignée de mer

    Et dans ma main droite

    Une poignée de terre

    Puis je joindrai mes deux mains

    Comme pour une prière

    Et de cette poignée de boue

    Je lancerai dans le ciel

    Une planète nouvelle

    Vêtue de quatre saisons

    Et pourvue de gravité

    Pour retenir la maison

    Que j'y rêve d'habiter.

    Une ville. Un réverbère.

    Un lac. Un poisson rouge.

    Un arbre et à peine

    Un oiseau.

    Car une telle planète

    Ne tournera que le temps

    De donner à l'Univers

    La pesanteur d'un instant~.......


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  • LORSQUE TU SERAS VIEUX

     

    Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,

    Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,

    Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,

    Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.

    Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête,

    Nous nous croirons encor de jeunes amoureux

    Et je te sourirai tout en branlant la tête

    Et nous ferons un couple adorable de vieux

    Nous nous regarderons assis sur notre treille

    Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille

    Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.

    Sur le banc familier, tout verdatre de mousse,

    Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer

    Nous aurons une joie attendrie et douce

    La phrase finissant souvent par un baiser

    Combien de fois jadis, j'ai pu dire ” je t'aime”

    Nous nous ressouviendrons de mille choses, meme

    De petits riens exquis dont nous radoterons

    Un rayon descendra, d'une caresse douce,

    Parmi nos cheveux blancs,tout rose, se poser

    Quand sur notre vieux banc tout verdatre de mousse

    Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer

    Et comme chaque jour je t'aime davantage

    Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain

    Qu'importeront alors les rides du visage

    Si les mêmes rosiers parfument le chemin.

    Songe à tous les printemps qui dans nos coeurs s'entassent

    Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens

    Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent

    Et sans cesse entre nous tissent d'autres liens

    C'est vrai, nous serons vieux, tres vieux , affaiblis par l'âge

    Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main

    Car vois tu, chaque jour je t'aime davantage

    Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain

                                              ROSEMONDE GERARD

     

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