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    Elles naissent dans un mystère
    Et jaillissent de la terre,
    Avec toutes les couleurs,
    Elles apportent le bonheur…
    Dans la rosée elles s'ouvrent
    Et le soir elles se couvrent,
    Sans faire le moindre bruit
    Pour s'endormir la nuit.

     

    Elles cherchent le soleil
    Qui passe dans le ciel,
    Elles se gorgent de chaleur
    Et adorent la douceur.

     

    Elles invitent les abeilles
    A boire dans leur stigmate,
    Pour emplir des corbeilles
    De pollens dans leurs pattes

     

     

    Travaillant de longues heures
    Elles emportent en leurs mains
    Des grandes prairies de fleurs
    Qui renaîtront demain…

     

    Les fleurs ont un langage
    Qui parle aux gens sages,
    Pour leur dire en silence
    Tout l'amour que l'on pense …

     

    Nobles fleurs d'élevages
    Qui font de longs voyages,
    Petites fleurs des champs
    Que ramassent les enfants.

     

    Elles viennent en visite
    Pour montrer qu'on existe,
    Elles consolent ceux qui pleurent
    Et fleurissent ceux qui meurent …

     

    Si la vie est trop dure
    Va donc dans la nature.
    0uvre bien grand ton coeur
    Pour y mettre des fleurs

     

    Respire tous leurs parfums
    Sans y mettre les mains,
    Pour que même fanées,
    Elles reviennent chaque année … Les fleurs   

     


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  • Harar le 10 novembre 1890

    "Ma chère maman, j'ai bien reçu ta lettre du 29 septembre1890 . En parlant de mariage, j'ai toujours voulu dire que j'entendais rester libre de voyager, de vivre  l'étranger et même de continuer à vivre en Afrique..  Je suis tellement déshabitué du climat d'Europe, que je m'y remettrai difficilement . Monsieur Tian  est un commerçant très honorable, établi depuis trente ans à Aden  et je suis son associé dans cette partie de l'Afrique ( Harar en Ethiopie)... La moitié des bénéfices est à moi! Personne à Aden ne peut dire  du mal de moi. Au contraire, je suis connu en bien de tous, dans ce pays, depuis dix années."



    Cette lettre est signée d'un homme qui, dans sa trente sixième année ,semble heureux de son sort : ses affaires sont prospères, il gagne de l'argent, sa réputation est irréprochable.



    Son nom ? Rimbaud!  Rimbaud Arthur qui meurt un an plus tard exactement le 10novembre1891, amputé de la jambe droite à l'hôpital de la  Conception à Marseille, victime d'une syphilis tenace.

     

     

    A Paris, cette année là , on s'arrache les oeuvres de Rimbaud, qui , 20 ans plus tôt, scandalisait la capitale- fuguant à  dix sept ans avec Paul Verlaine vers la Belgique-  séjournant avec lui en Angleterre avant un retour à Bruxelles - ,qui échoue dans le fait divers   au terme de douze mois agités.,.

     

      Le 10 juillet 1873 Verlaine tire un coup de pistolet sur Rimbaud qui veut rompre leur relation. La  balle ne rate pas sa cible: elle tue le poète, l'homme lui, va survivre!  On retrouve donc Rimbaud à Stuggart, où, cynique, désabusé, il reverra une dernière fois Verlaine sorti de prison, le  14 février 1875.

     

    Vienne, Java, l'Irlande, la Suede, Hambourg, la ferme familiale de Roche, près de Charleville, tout l'été 1878 il travaille aux moissons.

     

    Gênes, Chypre, Roche de nouveau,été 1879, Aden au Yemen, Harar en Ethiopie.... Commerce de café, trafic d'armes ....

     

    Rimbaud le poète? De sa quinzième à sa vingtième année, il n'est plus qu'un laboratoire du langage en effervescence, en errance, presque en folie! le vocabulaire y est pris de vertige, se fait des frayeurs qu'il se raconte affolé, haletant  et tout cela fascine le lecteur habitué au train train du vers  trottinant à petits pas sur ses petits pieds.

    On a cru à la naissance d'un soleil, c'était un feu d'artifice... Tant mieux pour la poésie: le mystère des étoiles demeure.
      

     

    Le dormeur du val

    C'est un trou de verdure où chante une rivière,
    Accrochant follement aux herbes des haillons
    D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
    Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

    Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
    Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
    Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
    Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

    Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
    Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
    Nature, berce-le chaudement : il a froid.

    Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
    Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
    Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit;

    ARTHUR RIMBAUD

     


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  • Il brille, le sauvage Été,
    La poitrine pleine de roses.
    Il brûle tout, hommes et choses,
    Dans sa placide cruauté.

    Il met le désir effronté
    Sur les jeunes lèvres décloses ;
    Il brille, le sauvage Été,
    La poitrine pleine de roses.

    Roi superbe, il plane irrité
    Dans des splendeurs d’apothéoses
    Sur les horizons grandioses ;
    Fauve dans la blanche clarté,
    Il brille, le sauvage Été.

    Théodore de BANVILLE 

     

     


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  • SUZANNE TAMARO

     

    Seule dans sa maison, battue par le vent d'hiver, une vieille dame qui n'a plus que quelques mois à vivre, écrit à sa petite fille, mais avant de disparaître, elle souhaite resserrer les liens distendus par les aléas de la vie. Pour cela elle parle, elle raconte sa vie, son mariage de raison, la mort tragique de sa fille, et parle de l'homme qu'elle a aimé. En conclusion, elle conseille à sa petite fille qu'il ne faut pas se jeter sans réfléchir sur les routes de la vie, mais choisir ce que notre cœur nous conseille.

    Ce récit sans fioriture émeut par la simplicité de son message.

     

                                         VA OU TON COEUR TE PORTE



    Chaque fois que tu te sentiras perdue, indécise,
    Pense aux arbres, souviens toi de leur façon de pousser
    Souviens toi qu'un arbre avec beaucoup de feuillages
    et peu de racines peut être déraciné au moindre coup de vent,
    Tandis que dans un arbre avec beaucoup de racines
    et  peu de feuillages la sève court difficilement.
    Racines et feuillages  doivent pousser dans les mêmes proportions
    Tu dois être dans les choses et au-dessus,
    Ainsi seulement tu pourras offrir ombre et refuge,
    Te couvrir de fleurs et de fruits quand ce sera la saison,
    Puis quand plusieurs routes s'offriront à toi
    Et que tu ne sauras laquelle choisir,
    Ne prends  pas une au hasard,
    Mais assieds toi et attends
    Respire profondément avec confiance
    comme le jour ou tu es venue au monde,
    Sans te laisser distraire par rien,
    Attends encore et encore,
    Ne bouge pas, tais toi et écoute ton coeur
    Puis quand il te parlera, lève toi ,
    Et  va où il te porte.

    S. TAMARO


      

     

     

     


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  • LE TEMPS

    [se manifeste à notre conscience dans un sens unique : le mouvement peut être inversé,le temps ira    toujours de l’avant. Le cours inexorable du temps ne permet nul retour au passé.

    D’ailleurs, si nous pouvons revivre le passé , ce serait un passé retrouvé, ayant un gout nouveau, comme un livre relu. Le temps semble donc marquer notre impuissance puisqu’il ne peut décidément    ni suspendre son écoulement,ni remonter à sa source.

    L’homme vit en avant de soi, il se projette vers le futur, il aspire à l’avenir comme lieu de réalisation de ses projets. Pourtant, il ne cesse de se lamenter de la fuite irréversible du    temps.  Baudelaire voit dans le temps  » l’ennemi » et de même Proust part  » A  la recherche du temps perdu »… Le passé semble être un paradis dont nous aurions été chassés comme si le    passage du temps dégradait toutes choses.

    La question est alors de comprendre  ce refus paradoxal du temps, cette nostalgie qui nous pousse à     préférer ce qui n’est    plus à ce qui est et ce qui sera..

    CITATION SUR LE TEMPS  

     


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